Face à l’absence prolongée du président Paul Biya, en déplacement privé en Europe depuis le 7 juin 2026, l’universitaire Jean Calvin Aba’a Oyono exhorte le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir.
Pointant les zones d’ombre de la Constitution et le manque de communication officielle, il appelle la haute juridiction à clarifier la situation pour garantir la continuité de l’État et l’État de droit.
Une crispation politique sur fond de vacance institutionnelle
L’appel lancé par l’universitaire s’inscrit dans un climat de vive tension politique au Cameroun, directement nourri par l’éloignement prolongé du président de la République hors des frontières nationales. Ce nouvel épisode institutionnel remet au premier plan les interrogations récurrentes relatives à l’exercice effectif du pouvoir et au respect des principes démocratiques fondamentaux. Le départ de Yaoundé du chef de l’État pour ce qui a initialement été qualifié de court séjour privé en Europe, amorcé le 7 juin 2026, s’est étiré sur plusieurs semaines, transformant une simple absence en une crise politique ouverte qui polarise l’opinion publique et la classe politique.
Cette longue éclipse du chef de l’institution présidentielle suscite de profondes inquiétudes quant à la gestion quotidienne et stratégique des affaires de la nation. Dans une analyse fouillée mêlant droit constitutionnel et science politique, le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono démonte les mécanismes qui permettent à de telles situations de s’installer. Selon lui, ces absences répétées et prolongées, bien que revêtues d’un habitus privé, finissent par instaurer un climat délétère d’incertitude institutionnelle, mettant à mal le principe cardinal de la continuité de l’État et laissant planer le doute sur la réalité de la gouvernance au sommet du Palais d’Etoudi.
Les zones d’ombre textuelles et l’appel à la haute juridiction
L’argumentaire de l’universitaire met en lumière les failles et les imprécisions de la loi fondamentale camerounaise face à des circonstances aussi exceptionnelles. Il pointe du doigt le manque chronique de communication officielle de la part des autorités, un silence qui ne fait qu’alimenter la propagation de rumeurs et exacerber les spéculations sur l’état de santé du dirigeant et la réalité de l’exercice du pouvoir. En décortiquant les notions juridiques de vacance du pouvoir et d’empêchement, l’auteur démontre que les dispositions textuelles actuelles comportent de nombreuses zones d’ombre quant aux procédures pratiques permettant de les faire valoir, fragilisant par la même occasion la sécurité juridique de tout l’édifice étatique.
C’est précisément pour remédier à cette insécurité institutionnelle que le professeur Aba’a Oyono enjoint le Conseil constitutionnel à sortir de sa réserve coutumière pour assumer pleinement son rôle de garant et d’ultime interprète de la Constitution. Pour l’universitaire, la haute juridiction doit impérativement intervenir pour clarifier ces situations d’exception, dissiper les ambiguïtés juridiques et veiller jalousement à la continuité de l’État. Il conclut sa démonstration en affirmant avec force que l’affermissement véritable de l’État de droit au Cameroun passe nécessairement par une plus grande indépendance des institutions de régulation et par une prise de responsabilité beaucoup plus affirmée du Conseil constitutionnel face aux crises majeures.

































