Dans une tribune acérée qui enflamme les réseaux sociaux et le débat public, le politologue et universitaire Richard Makon livre une charge sans concession contre la gouvernance au Cameroun. S’appuyant sur un faisceau de crises et d’indicateurs socio-économiques alarmants, il dresse le portrait d’un État en panne de vision et de performance, affirmant haut et fort que « l’incompétence ne devrait pas être une fatalité ».
Un tableau macroéconomique sous haute tension
Le réquisitoire du politologue s’attaque en premier lieu aux fondements économiques du pays, où les chiffres officiels et les rapports des agences internationales dessinent une trajectoire préoccupante :
- Un endettement en forte hausse : L’encours de la dette publique atteint 15 416 milliards de FCFA à la fin du premier trimestre 2026, soit 44,3 % du PIB. Bien que sous le seuil communautaire de la CEMAC (70 %), cette dette a doublé en dix ans, créant une pression budgétaire inédite avec un service de la dette estimé à 2 100 milliards de FCFA sur les deux prochaines années.
- La défiance des marchés : La notation souveraine du pays est maintenue à « B » avec une perspective négative par Fitch Ratings, tandis que l’accès aux emprunts devient de plus en plus onéreux. Le FMI classe d’ailleurs le Cameroun à « risque élevé de surendettement ».
- Un contraste de croissance : Malgré une inflation contenue à 2,7 % et une croissance prévue autour de 3,3 % par le FMI, l’économie peine à impacter positivement le quotidien des populations, plombée par un déficit non pétrolier persistant et des recettes insuffisantes.
Effondrement industriel et exode massif de la jeunesse
Richard Makon pointe également du doigt la faillite des leviers de développement structurel :
- La crise du secteur productif : Alors que le secteur secondaire ne pèse plus que 25 % du PIB, l’industrie manufacturière souffre d’un coût de l’électricité prohibitif et d’infrastructures défaillantes. Symbole de cette souveraineté énergétique écornée, la production pétrolière a chuté de façon drastique depuis les années 1980, et l’arrêt prolongé de la raffinerie SONARA continue de peser lourdement.
- La fuite des cerveaux : Faute de perspectives locales, l’exil est devenu une option incontournable. Une enquête Afrobarometer révèle que 51 % des jeunes Camerounais envisagent d’émigrer. La diaspora, forte d’environ 6 millions de personnes, joue désormais un rôle de soupape économique vitale, comme en témoignent les transferts de fonds massifs envoyés aux familles restées au pays.
Entre crise de confiance et inertie étatique
Le réquisitoire s’étend enfin aux défaillances opérationnelles de l’administration, illustrées par les difficultés récurrentes à mener à bien des missions régaliennes ou techniques de base — à l’instar des ratés et des prolongations successives qui entachent le recensement national.
Pour Richard Makon, cette accumulation de crises — conjuguée à l’absence de plan de succession politique et aux luttes de clans au sommet de l’État — démontre l’incapacité manifeste des dirigeants actuels à redresser la barre. En concluant par un appel à reconnaître ses limites plutôt qu’à s’enliser dans l’impuissance, le politologue met en lumière le fossé grandissant entre une élite politique perçue comme déconnectée et une population aspirant à un sursaut national.

































