Une publication de l’avocat Me Sikati s’est rapidement propagée sur les réseaux sociaux, jetant un pavé dans la mare de l’actualité économique et politique camerounaise. Selon lui, « la justice internationale vient de condamner le Cameroun à payer la somme de 355 milliards FCFA à Sundance Resources », une décision qu’il attribue à une mauvaise gestion contractuelle de la part des dirigeants. Pourtant, une analyse minutieuse des faits et de la procédure en cours nuance fortement cette affirmation.
Genèse du litige : le feuilleton Mbalam-Nabeba
Le différend trouve son origine en 2020, lorsque le Cameroun (conjointement avec le Congo) décide de retirer à la junior minière australienne Sundance Resources le permis d’exploitation du gigantesque projet de fer de Mbalam-Nabeba, pour l’attribuer par la suite à des partenaires chinois. Les autorités justifiaient alors cette décision par une « insuffisance prolongée d’activité » de la part de l’entreprise.
En réponse, Sundance a saisi en 2021 la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI) à Paris. Dans son mémoire déposé en 2022, la facture exigée par l’entreprise s’est révélée colossale : 3 401,6 milliards de FCFA (soit environ 5,5 milliards de dollars) en guise de dommages et intérêts, ou à défaut, la restitution pure et simple du permis d’exploitation.
D’où vient le chiffre brandi par Me Sikati ?
À ce jour, aucun document officiel, ni aucune sentence arbitrale communiquée ne vient étayer le chiffre de 355 milliards de FCFA avancé par l’avocat. Dans les dossiers de la procédure, la seule somme astronomique qui circule officiellement reste celle réclamée par Sundance, à savoir les plus de 3 000 milliards de FCFA.
Par ailleurs, le calendrier du verdict a subi plusieurs glissements : initialement attendu fin 2025, puis repoussé à mars 2026, le délibéré final de la CCI est désormais escompté pour la fin de l’année 2026. De plus, un signal encourageant pour Yaoundé est tombé en janvier 2026, lorsque la CCI a débouté Sundance dans sa procédure similaire intentée contre le Congo, créant un précédent suivi de très près par les conseils juridiques du Cameroun.
Si l’affirmation d’une condamnation imminente à 355 milliards de FCFA relève pour l’heure d’une alerte non confirmée par des sources officielles, elle remet en lumière le risque financier massif que fait peser ce contentieux sur les finances publiques. Au-delà du montant exact de la sentence à venir, cette affaire relance avec acuité le débat crucial de la sécurisation juridique et de la rigueur dans la gestion des grands contrats miniers internationaux.

































