C’est une décision qui redessine brutalement les contours de la mobilité internationale. Le Département d’État américain a officialisé la transformation de son programme pilote de caution de visa en mesure permanente. Désormais, les ressortissants de 30 pays africains s’exposent à une exigence financière colossale : avancer jusqu’à 20 000 dollars (plus de 12 millions de FCFA) pour obtenir un simple visa d’affaires ou de tourisme (B1/B2).
Un durcissement radical de la politique migratoire
Issu d’un décret présidentiel (Executive Order 14159), ce programme permanent succède à une phase pilote lancée en août 2025. Non seulement le dispositif est pérennisé, mais il se durcit avec un plafond de caution qui passe de 15 000 à 20 000 dollars, exigibles à la discrétion des officiers consulaires (10 000, 15 000 ou 20 000 dollars selon les profils).
L’administration américaine assume pleinement la visée dissuasive de cette mesure face au phénomène des overstays (les visiteurs qui dépassent la durée de validité de leur séjour). Si les chiffres officiels font état d’une chute spectaculaire des dépassements pendant la phase pilote, le coût humain et social est immense.
L’Afrique en première ligne : 30 pays ciblés
Sur les 50 pays du monde concernés par cette obligation de caution, 30 sont africains. La liste inclut de nombreuses nations francophones et anglophones :
- L’Afrique francophone : Le Cameroun, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, le Gabon, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, São Tomé-et-Príncipe et la République centrafricaine.
- Les autres pays du continent : L’Algérie, l’Angola, le Botswana, le Burundi, le Cabo Verde, Djibouti, l’Éthiopie, la Gambie, le Lesotho, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Nigeria, les Seychelles, la Tanzanie, la Tunisie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe.
Une barrière financière aux conséquences dramatiques
En théorie remboursable si le voyageur respecte les termes de son séjour, la caution se révèle en pratique inaccessible pour la quasi-totalité des classes moyennes et populaires du continent.
- Une chute drastique des obtentions : Entre août 2025 et juillet 2026, le nombre de visas B1/B2 délivrés aux ressortissants des pays visés s’est effondré de 83 %, près de la moitié des demandeurs ayant renoncé face à la barrière financière.
- Un accès restreint : Hommes d’affaires, étudiants, chercheurs ou familles souhaitant rendre visite à des proches voient les portes des États-Unis se fermer hermétiquement.
Entre impératif de sécurité et accusations de discrimination
Pour justifier ce filtre drastique, Washington invoque des taux élevés de dépassement de séjour, des lacunes dans le partage d’informations et des vérifications d’identité jugées insuffisantes.
À l’inverse, les associations de défense des droits civiques et de nombreux critiques dénoncent une politique discriminatoire. Ce mur financier renforce un système migratoire à deux vitesses, contrastant fortement avec la flexibilité accordée aux pays occidentaux membres du Programme d’exemption de visa (VWP). En institutionnalisant cette barrière de 20 000 dollars, les États-Unis actent une restriction sans précédent de l’accès à leur territoire pour les citoyens africains.

































