À l’approche d’échéances électorales cruciales — les législatives et municipales prévues au premier trimestre 2027 —, le parti au pouvoir au Cameroun tangue. Le 15 juillet 2026, au Palais des Congrès de Yaoundé, la réunion des cadres présidée par le vice-Premier ministre et secrétaire général du Comité central, Jean Nkuété, a mis en lumière les profondes fissures qui fragilisent le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).
Derrière l’injonction d’une « victoire impérative », le diagnostic dressé par l’appareil central traduit une réelle panique face à l’implosion annoncée des structures partisanes.
Une machine électorale minée par les luttes de clans
Les avertissements répétés de Jean Nkuété concernant les « chocs de candidatures » et le « manque de discipline » ne trompent personne : le parti est traversé par une guerre des clans d’une rare violence pour le contrôle des investitures. Dans un contexte où un investissement sous la bannière du RDPC garantit des positions de pouvoir et des budgets, les ambitions personnelles prennent le pas sur la discipline collective.
Cette fébrilité s’explique par plusieurs facteurs structurels et conjoncturels :
- Un contrecoup présidentiel : Les élections législatives et municipales de 2027 succèdent à la présidentielle du 12 octobre 2025, marquée par la réélection de Paul Biya avec 53,66 % des voix — soit le score le plus faible de ces trente dernières années.
- Le vide institutionnel au sommet : L’absence prolongée de Paul Biya, en séjour en Suisse depuis plus de cinquante jours, aggrave les luttes intestines. De surcroît, la légitimité statutaire du président national est contestée par certains, son mandat au sein du parti étant théoriquement échu depuis 2011 faute de congrès.
- Le népotisme et le rejet de la base : Face à des élites vieillissantes et hautaines, les militants de base expriment un ras-le-bol croissant. La distribution des postes en circuit fermé et le fossé entre les discours d’unité et la réalité du terrain dressent un portrait alarmant pour la cohésion du parti.
Un pari à haut risque pour le pouvoir
Les défis qui attendent le RDPC sont immenses, notamment dans les grands centres urbains (comme Yaoundé historiquement frondeur), auprès de la jeunesse et dans le Grand Nord, où les dynamiques locales échappent de plus en plus au contrôle de Yaoundé.
Alors que certains cadres en appellent déjà à un nouveau report des élections pour tenter de se réorganiser, la machine du parti présidentiel fait face à un dilemme historique : surmonter ses démons internes ou s’acheminer vers un scénario catastrophe qui ébranlerait sa domination politique de longue date.

































