À mi-parcours de son Document de stratégie pays 2023-2028, la Banque africaine de développement a validé près de 70 % des financements prévus pour le Cameroun, atteignant un montant cumulé de 833,8 milliards de francs CFA.
Malgré ce bilan quantitatif solide, marqué par des réalisations majeures dans les infrastructures et l’énergie, seuls 26 % de ces fonds ont été effectivement décaissés. Face à ce paradoxe de sous-exécution, Yaoundé et l’institution financière ont acté la mise en œuvre d’un plan d’accélération pour lever les lourdeurs bureaucratiques et accélérer l’impact concret des investissements sur le terrain.
Un bilan quantitatif solide mais plombé par les retards de décaissement
Le 14 juillet 2026 à Yaoundé, le ministre camerounais de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, et le directeur général du bureau régional de la Banque africaine de développement (BAD) pour l’Afrique centrale, Léandre Bassolé, ont présenté les conclusions de la revue à mi-parcours du Document de stratégie pays (DSP) 2023-2028. Cette évaluation conjointe confirme que l’institution panafricaine a d’ores et déjà validé près de 70 % de l’enveloppe financière programmée pour le Cameroun sur l’ensemble de la période.
Selon les données consolidées du partenariat, la BAD a ainsi approuvé depuis 2023 huit nouvelles opérations majeures pour un montant cumulé atteignant 833,8 milliards de francs CFA. Toutefois, les services de la Banque et l’exécutif national ont souligné un paradoxe persistant : à ce stade de la mise en œuvre, seuls 26 % des montants approuvés ont été effectivement décaissés. Ce décalage illustre les lenteurs structurelles qui entravent la matérialisation rapide des fonds, qu’il s’agisse des délais de ratification des accords, de la mobilisation complexe des contreparties nationales ou des lourdeurs inhérentes à la chaîne d’exécution opérationnelle des projets.
Un portefeuille historique confronté au défi de la sous-exécution
Après plus de cinq décennies d’un partenariat dense et multiforme, les financements cumulés de la BAD au Cameroun s’élèvent désormais à environ 3 345 milliards de francs CFA, ventilés à travers 130 prêts et dons. Ces interventions historiques se déploient prioritairement dans les secteurs névralgiques des transports, de l’énergie, de l’agro-industrie et de la valorisation du capital humain. Lors des assises de Yaoundé, les deux délégations ont dressé un constat globalement satisfaisant de la trajectoire globale, tout en posant un diagnostic lucide sur la nécessité absolue d’accélérer la cadence sur le terrain.
L’examen minutieux du portefeuille actif met en lumière un encours colossal d’environ 1 629 milliards de francs CFA de projets actuellement en cours de réalisation. Néanmoins, le fait qu’à peine un quart de cette somme ait été absorbé par l’économie réelle place l’amélioration de la performance opérationnelle au centre absolu du dialogue bilatéral entre Yaoundé et l’institution financière internationale.
Les piliers stratégiques et les réalisations structurantes du DSP 2023-2028
Infrastructures et secteur productif au cœur de la stratégie
Le Document de stratégie pays 2023-2028 arrime étroitement ses interventions aux ambitions de la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30) du Cameroun, en articulant son action autour de deux axes cardinaux : d’une part, le développement des infrastructures de transport et de production énergétique ; d’autre part, le renforcement de la compétitivité du secteur productif et du capital humain.
Les enveloppes déjà débloquées et engagées ont permis d’enregistrer des avancées tangibles sur le terrain. Parmi les réalisations phares figurent la construction ou la réhabilitation de plus de 570 kilomètres de routes bitumées, la mise en service progressive du barrage hydroélectrique de Nachtigal d’une capacité de 420 MW, le renforcement des aménagements hydro-énergétiques de Lom Pangar, ainsi que l’inauguration stratégique du pont sur la rivière Logone reliant directement le Cameroun au Tchad, un ouvrage majeur pour fluidifier les flux commerciaux au sein de la sous-région.
Gouvernance économique et appuis budgétaires
Au-delà des chantiers physiques à fort impact visuel, la BAD a également déployé des instruments d’appui budgétaire et des programmes de renforcement institutionnel d’envergure. Ces interventions ciblent spécifiquement l’amélioration de la gouvernance économique, l’accompagnement des réformes structurelles dans la filière des transports et l’optimisation de la mobilisation des recettes domestiques. Ces leviers s’avèrent indispensables pour consolider les équilibres macroéconomiques du pays dans un contexte international marqué par la persistance des contraintes budgétaires et des tensions inflationnistes.
Vers un plan d’accélération et de redressement des performances
Résorber les goulots d’étranglement administratifs
Pour enrayer la sous-consommation des crédits, les autorités camerounaises et le Groupe de la BAD avaient déjà adopté, au terme de la 55e revue du portefeuille organisée du 23 au 26 février 2026 à Kribi, un plan rigoureux d’accélération et de redressement. Ce plan opérationnel impose des mesures strictes, telles que le traitement prioritaire des projets restés sans décaissement pendant plus de quinze mois, un suivi rapproché des opérations arrivant bientôt à échéance, ainsi qu’une réduction drastique des délais dans la production des rapports d’achèvement et d’impact.
Durant les travaux de mi-parcours de la mi-juillet à Yaoundé, le ministre Alamine Ousmane Mey a réaffirmé la détermination pleine et entière de l’exécutif à lever sans délai les obstacles bureaucratiques et à sécuriser de manière pérenne les fonds de contrepartie étatiques, prévenant ainsi tout risque d’annulation sèche de financements précieux. En écho, les experts de la BAD ont insisté sur l’impératif de respecter rigoureusement les calendriers de passation des marchés publics et de renforcer substantiellement les compétences techniques des unités de gestion de projets.
Sécuriser l’impact réel des investissements
La convergence de vues entre le gouvernement et la Banque repose sur un postulat incontestable : l’élévation significative du taux de décaissement constitue la condition sine qua non pour que les 833,8 milliards de francs CFA déjà engagés traduisent leurs promesses en mutations économiques profondes pour les populations. Les prochaines revues annuelles du portefeuille, pilotées de concert par le ministère de l’Économie et le bureau régional de la BAD, feront office de véritable test pour mesurer l’efficacité du plan d’accélération et vérifier la capacité des acteurs à transformer des lignes de crédit validées en réalisations concrètes visibles sur la plateforme numérique MapAfrica.
































