Sept ans après l’incendie de la Sonara, le Cameroun s’engage simultanément dans la reconstruction de son site historique à Limbe et dans le projet de complexe pétrolier CStar à Kribi. Une double ambition industrielle fragilisée par le déclin de la production locale, la concurrence du géant nigérian Dangote et le risque d’un gouffre financier colossal pour l’État.
Entre Limbe et Kribi, la bivalence de trop
Sept ans après le violent incendie qui a ravagé les installations de la Société nationale de raffinage (Sonara) à Limbe, la stratégie énergétique du Cameroun prend une tournure pour le moins paradoxale. Alors que le ministère des Finances pousse ardemment pour la reconstruction du site historique dans la région du Sud-Ouest, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) pilote en parallèle le projet CStar, un complexe pétrolier d’envergure comprenant dépôt et raffinerie à Kribi.
Officialiser deux chantiers colossaux de cette nature pour un seul pays laisse perplexes les observateurs et les experts de la filière. Sur le papier, l’argument massue invoqué par les promoteurs de ces deux dossiers reste le même : transformer le brut national sur place afin de s’affranchir des coûteuses importations de carburant et alléger la facture à la pompe pour le consommateur. Pourtant, la réalité macroéconomique du terrain vient d’ores et déjà d’ombrager ces ambitions souverainistes.
Le mirage d’une production nationale en chute libre
L’écueil fondamental de cette double ambition réside dans la courbe de la production pétrolière camerounaise, orientée à la baisse depuis une décennie. Comme le résume avec lucidité le consultant Robert Mouthe Ambassa, posséder deux véhicules dans son garage ne sert à rien si le réservoir est désespérément vide.
Si les gisements locaux continuent de s’épuiser au rythme actuel, les futures structures devront obligatoirement importer du brut depuis le marché international pour faire tourner leurs colonnes de distillation. Dans un tel scénario, l’objectif initial d’une baisse des prix du carburant s’effondre, les coûts d’achat et de transport de la matière première étrangère annihilant toute compétitivité locale.
L’ombre géante de Dangote et le péril de la dette
À cette équation intenable s’ajoute la concurrence agressive du géant nigérian voisin. Inaugurée en 2023, la gigantesque raffinerie de Lekki boulevient déjà la donne régionale avec des volumes et des capacités de production colossaux. Pour Charles Menye, président du Comité citoyen de vigilance financière de la Cemac, l’absence de coordination étatique et l’opacité des modèles économiques font peser une menace existentielle sur ces investissements.
Avec un cumul frôlant les 1 300 milliards de francs CFA (soit près de deux milliards d’euros) d’investissements qu’il faudra nécessairement financer par l’emprunt, le pays s’expose à un gouffre financier abyssal. Dans une configuration budgétaire déjà lourdement étranglée par le service de la dette, subventionner ou porter à bout de bras des infrastructures structurellement non viables pourrait transformer ce remède énergétique en un poison redoutable pour les finances publiques des générations futures.

































