Initialement programmé pour durer 35 jours à compter du 24 avril 2026, le 4e Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) s’enfonce dans la durée. Par un nouvel arrêté signé ce 31 juillet 2026, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a officialisé une deuxième prolongation de l’opération, fixant désormais la clôture au 15 septembre 2026. Portant la durée totale de l’exercice à près de cinq mois, cette décision met en lumière les failles structurelles de l’appareil statistique national.
Une chronique des difficultés annoncées
Pourtant doté d’un budget initial de 13,28 milliards de FCFA — complété par une rallonge de 6 milliards de FCFA, dont 4,5 milliards de la Banque Mondiale (projet HISWACA) et 1,5 milliard du Trésor public —, le recensement des 28 millions d’habitants escomptés s’est heurté à des obstacles majeurs de terrain :
- La fronde des agents recenseurs et les impayés : Sur les 34 941 agents mobilisés, seuls 29 689 avaient perçu leurs indemnités fin juin (représentant 2,49 milliards de FCFA versés), laissant des milliers de dossiers en attente de régularisation et provoquant des tensions sociales récurrentes.
- Des retards et une surcharge logistique : La phase préparatoire (cartographie et reconnaissance des zones) n’a débuté qu’avec trois semaines de décalage. De plus, la concomitance inédite du RGPH avec le Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (RGAE) a lourdement alourdi la charge de travail des équipes.
- Les zones enclavées et la diaspora : Malgré l’annonce d’un taux de couverture global frôlant les 94 % à la mi-juillet, des disparités régionales persistantes — notamment dans le Wouri, le Sud-Ouest et les zones frontalières — ainsi que la prise en compte de la diaspora ont contraint l’exécutif à repousser l’échéance.
Un enjeu de crédibilité pour l’État
Alors que le dernier recensement datait de 2005, l’enjeu de cette opération est colossal : les données collectées doivent irriguer la planification nationale (éducation, santé, infrastructures, représentation électorale).
Cependant, ce feuilleton à rebondissements et les conditions de précipitation qui l’entourent font craindre aux observateurs une fragilisation de la confiance publique et internationale dans la fiabilité des statistiques finales, tout en compromant le calendrier de traitement et de publication des résultats.

































