Visé par une fronde menée par l’UEFA et fragilisé par des projets de privatisation jugés « miteux », le président de la FIFA Gianni Infantino voit sa position devenir de plus en plus intenable. Entre clientélisme, ambitions démesurées et perte de confiance généralisée, l’avenir du patron du football mondial semble plus que jamais menacé à l’approche de la rentrée.
Une fronde européenne et internationale sans précédent
La rupture est consommée entre l’instance européenne et le sommet du football mondial. L’Union des associations européennes de football (UEFA) a récemment haussé le ton, qualifiant de « miteux, opaque et fait en coulisse » le projet d’ouverture de la FIFA à des investisseurs privés porté par son président.
Pour l’UEFA, qui représente 55 membres influents, la confiance est définitivement rompue et la démission de Gianni Infantino est désormais exigée. Cette levée de boucliers ne se limite pas au Vieux Continent : d’autres confédérations, à l’instar de la CONCACAF, partagent ce constat d’un dirigeant allé « trop loin » dans ses réformes unilatérales et ses méthodes de gestion.
Entre clientélisme en Afrique et alliances politiques
Si Gianni Infantino peut encore compter sur des soutiens précieux, ceux-ci reposent en grande partie sur des dynamiques géopolitiques et financières bien ancrées. Du côté de la Confédération Africaine de Football (CAF), la position est historiquement moins hostile. Une tolérance qui s’explique par la redistribution d’une partie des mannes financières de la FIFA aux fédérations du continent, souvent plus démunies que leurs homologues européennes ou nord-américaines.
Sur l’échiquier politique, le dirigeant a également su cultiver des liens étroits avec certains États clés, comme le Qatar ou les États-Unis. Son rapprochement jugé excessif avec Donald Trump et son administration a alimenté un sentiment de toute-puissance en interne. Pourtant, cette tour d’ivoire commence à vaciller au sommet même de l’institution, le numéro 2 et le numéro 3 de la FIFA ayant eux-mêmes exprimé de vives divergences face à sa gouvernance opaque.
L’éthique du jeu sacrifiée sur l’autel des intérêts privés
Au-delà des querelles de pouvoir, c’est la philosophie même du football qui inquiète les observateurs. En multipliant les projets d’envergure — de l’élargissement controversé de la Coupe du monde à 48, voire 64 équipes, aux velléités de réformes du temps de jeu —, Gianni Infantino est accusé de vouloir « tuer la poule aux œufs d’or ».
De nombreux critiques pointent du doigt une course effrénée aux recettes au détriment de la crédibilité des compétitions et de la santé des championnats nationaux. Pour le géopolitologue Pascal Boniface, invité par France 24, l’attitude du patron de la FIFA rappelle des heures sombres de l’histoire du sport, frôlant le sacrifice de l’éthique sportive pour des intérêts purement personnels et financiers.
Vers un vote de défiance ou une transition en mars 2027 ?
Alors que l’élection présidentielle de la FIFA est fixée à mars 2027, la question de l’éviction anticipée d’Infantino est plus que jamais sur la table. Pour l’heure, aucun candidat officiel ne s’est ouvertement dressé contre lui, mais les coulisses s’activent.
L’UEFA et ses alliés profitent de la période estivale pour sonder les troupes et préparer le terrain en vue de la rentrée. L’arme brandie par les Européens — la menace de boycotter ou de se retirer des compétitions majeures sans lesquelles l’événement perdrait sa substance — constitue un levier redoutable. Qu’il s’agisse d’un vote de défiance imminent ou de l’émergence d’une alternative politique crédible d’ici quelques mois, le trône de Gianni Infantino n’a jamais été aussi instable.

































