Avec Gwà, la chanteuse camerounaise Kareyce Fotso érige le blues et le cercle de parole ancestral en remparts contre les féminicides.
Porté par la langue ghomala’ et des guitares saturées, l’album fait de la mémoire des aînées une arme politique pour briser le silence.
Le cercle ancestral du « Gwà » érigé en bouclier féministe
Porté par la voix de l’artiste camerounaise Kareyce Fotso, l’album « Gwà : La Voix des Femmes » — façonné aux côtés de Blick Bassy et Romain Jovion — érige la musique en rempart contre les violences de genre. Conçu pour répondre à une réalité dramatique où plus d’une centaine de femmes périssent chaque année dans des féminicides au Cameroun, l’opus puise sa source dans le Gwà. Ce cercle de parole féminin ancestral, lieu traditionnel de transmission et de solidarité, offrait autrefois aux aînées un espace souverain pour dénoncer les abus et faire reculer l’oppression par la force de la parole collective. En ressuscitant cette pratique mémorielle transmise par sa propre mère, Kareyce Fotso réactive la puissance des luttes d’antan pour panser les blessures du présent.
L’écrin du blues et la langue ghomala’ au service de la catharsis
Enraciné dans la douleur, la résilience et la dignité, l’album épouse les contours d’un blues lent, rugueux et habité, où les silences et les frissons le disputent à l’intensité des messages. Pour façonner cette matière émotionnelle brute, l’autrice est allée chercher la sensibilité de Blick Bassy, capable de doser les accords sans jamais éclipser la gravité des témoignages recueillis. Teinté d’accents rock portés par une guitare saturée et de subtiles nuances pop, l’ensemble des morceaux est interprété en ghomala’, une langue bamilékée de l’ouest du Cameroun. Cette exigence linguistique ancre profondément l’œuvre dans son terroir, transformant le cri d’alarme en un manifeste universel de dignité.

































