Entre pillage écologique et manque à gagner fiscal, le ministère des Mines du Cameroun a sommé près de deux cents sociétés d’extraction aurifère illégale — majoritairement étrangères — de cesser leurs activités.
Une mise en demeure qui lève le voile sur l’ampleur d’un trafic transfrontalier massif malgré le nouveau code minier de 2023.
Une cartographie de la pillerie aurifère dans l’Est et l’Adamaoua
Le ministère camerounais des Mines a frappé un grand coup en identifiant près de deux cents sociétés d’extraction artisanale d’or opérant dans l’illégalité la plus totale, principalement dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Révélée le 13 mai 2026, cette cartographie pointe une écrasante majorité d’acteurs exogènes — avec quatre-vingt-quinze pour cent d’entreprises étrangères, au premier rang desquelles figurent des structures chinoises, mais aussi canadiennes, américaines et soudanaises. Face à ce désastre écologique et au manque à gagner fiscal pour l’État, le ministre Fuh Calistus Gentry a sommé l’ensemble des contrevenants de cesser leurs activités sur-le-champ et de procéder au démantèlement immédiat de leurs unités de traitement.
Entre déni de souveraineté et gouffre fiscal
Cette descente sur le terrain fait écho aux alertes répétées de la société civile, à l’instar du Collectif des organisations des consommateurs du Cameroun, qui estime que ce chiffre officiel ne reflère que la partie émergée de l’iceberg et que le total réel pourrait grimper jusqu’à cinq cents structures clandestines. Ce pillage organisé alimente un trafic transfrontalier abyssal : en 2023, un rapport de l’ITIE mettait déjà en lumière un gouffre sidérant entre les vingt-deux kilos et demi d’or officiellement déclarés par les douanes et les quinze mille tonnes enregistrées à l’arrivée aux Émirats arabes unis. Malgré l’adoption d’un nouveau code minier en 2023, le Cameroun peine à juguler cette saignée minière qui hypothèque durablement son développement économique.

































