Les absences prolongées du chef de l’État hors des frontières nationales alimentent régulièrement de houleuses polémiques au sein de l’espace public camerounais. Alors que les séjours privés du président de la République en Europe, traditionnellement contenus entre 30 et 45 jours, ont franchi pour la première fois le cap symbolique des 51 jours, la question de la continuité des institutions est revenue au centre des crispations politiques.
Face aux accusations répétées de l’opposition — qui brandit tour à tour l’hypothèse d’une vacance du pouvoir, dénonce un « télétravail clandestin » ou réclame de constater une « démission pour absence injustifiée » —, la majorité présidentielle et les membres du gouvernement opposent une fin de non-recevoir. Cependant, la riposte de l’exécutif ne s’exprime pas d’une seule voix uniforme, mais à travers des registres complémentaires : ceux du ministre d’État Jacques Fame Ndongo et du ministre Grégoire Owona. Si les angles juridiques mobilisés diffèrent, le fond politique et la finalité de leur démarche demeurent rigoureusement identiques.
Deux approches, une même volonté de battre en brèche la thèse de la vacance
Pour contrer la narration de l’opposition qui tente de démontrer un pilotage automatique du pays, les caciques du régime ont choisi de déconstruire le argumentaire adverse en actionnant des leviers discursifs distincts mais convergents.
1. L’approche institutionnelle et textuelle de Jacques Fame Ndongo
Intervenant sur le plan de la stricte légalité constitutionnelle, le ministre d’État Jacques Fame Ndongo a constamment rappelé une vérité juridique fondamentale dans le système institutionnel camerounais : aucun texte de la loi fondamentale ne fixe de limite temporelle ou de durée maximale aux déplacements du président de la République hors du territoire national.
Dans cette perspective, l’absence ne saurait constituer une infraction ou une violation des charges constitutionnelles, dès lors qu’aucun corpus juridique n’encadre par un couperet horaire ou calendaire les voyages du chef de l’État. L’argument repose ici sur le respect absolu de l’architecture institutionnelle en vigueur : tant que la Constitution ne prescrit pas de seuil d’expatriation, le séjour demeure juridiquement inattaquable sur le plan de la régularité textuelle.
2. L’approche pratique et analogique de Grégoire Owona
De son côté, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, a choisi de déplacer le curseur sur un terrain plus pragmatique et social en convoquant les principes généraux applicables au monde du travail. S’exprimant sur le statut du président — qu’il qualifie de travailleur élu par le peuple et rémunéré par lui —, il a rappelé que tout dirigeant a légitimement droit à des congés annuels.
En évoquant l’équivalence des règles de gestion des congés qui, dans d’autres sphères, pourraient s’étendre substantiellement, sa sortie visait à banaliser et à humaniser une absence souvent dramatisée par les détracteurs du régime. Pour lui, le président est en droit de jouir de son temps de repos réglementaire, rendant caducs et stériles les procès en destitution ou les exigences de calendrier formulées par la classe politique adverse.
Une convergence absolue sur le fond : la légitimité et la stabilité des institutions
Bien que la convocation simultanée du droit constitutionnel par l’un et du droit du travail par l’autre ait pu prêter à sourire ou alimenter des interprétations nuancées dans l’opinion publique, l’examen de fond démontre une synchronisation parfaite des objectifs poursuivis :
- Réfuter l’illégalité : Qu’il s’agisse d’une absence non bornée par la Constitution ou de l’exercice d’un droit au repos, la conclusion est identique : le chef de l’État ne commet aucune faute juridique.
- Affirmer la permanence de l’État : L’argument central consiste à rappeler que la machine étatique ne s’arrête pas aux déplacements physiques de son pilote suprême. Les institutions fonctionnent de manière continue, relayées par l’administration et le gouvernement sous la coordination de ses membres.
- Clore le débat politique : Il s’agit pour la majorité de renvoyer l’opposition à ce qu’elle qualifie de manœuvres politiciennes visant à détourner l’attention des véritables enjeux de développement du pays.
En définitive, voir des personnalités de premier plan s’exprimer avec des nuances de vocabulaire et des références juridiques variées ne traduit pas une contradiction organique, mais plutôt la vitalité d’une stratégie de communication plurielle. Lorsque la forme s’adapte aux sensibilités des différents publics pour battre en brèche les mêmes attaques, et que le socle de défense des institutions reste inflexiblement le même, c’est toute la cohérence de l’exécutif qui se trouve réaffirmée face aux soubresauts de l’arène politique.

































